Côte d’Ivoire/Dossier: Bouaké une ville otage depuis maintenant 16 ans

La ville de Bouaké
Côte d’Ivoire News – L’armée Ivoirienne vit un grand malaise et les derniers événements de Bouaké peuvent attester de ce que quelque chose ne va pas dans cette armée. À peine le chef d’État-major annonce la fin des mutineries et de l’incivisme des militaires au cours de la fameuse cérémonie de présentation de vœux au président, que des tirs retentissent juste le lendemain à Bouaké. Deux fractions des forces de défense et de sécurité s’affrontent à l’arme lourde, troublant la quiétude d’une ville assez déjà fragile.
Bouaké, une ville en otage depuis maintenant 16 ans
Si une ville souffre de l’incivisme et du désordre dans l’armée c’est bien sûr la ville de Bouaké. Utilisée de gré ou de force pour servir de bastion à la rébellion du nord fomentée par un certain Ibrahim Coulibaly dit IB et évincé plus tard avec le soutien de Blaise Compaoré par l’opportuniste d’étudiant, Guillaume Soro; La ville de Bouaké paye le prix fort d’une crise qui peine à se cicatriser dans cette ville.
Les médias mis à contribution pour manipuler la population pour lui faire accepter la rébellion, elle-même l’a plus tard épousé car chacun y trouvait pour son compte dans les trafics, le commerce illicite, la fraude, pas de douane etc. Cette anarchie contrôlée par les rebelles permettra à chacun de s’enrichir. Les rebelles d’un côté avec leur régie financière dénommée la « centrale » vont profiter au maximum pour se remplir les poches et de l’autre côté des commerçants et hommes d’affaires qui contrôlaient la grande distribution, le transport, l’essence, les matériaux de construction et autres. Et enfin la population qui consommait moins cher puisqu’il n’y avait pas de taxes de douanes appliquées dans la zone et en plus elle ne payait pas l’eau ni l’électricité.
« Nous étions au gratuits et les choses étaient moins chères » dira en substance un habitant de Bouaké qui reste nostalgique de cette époque.
L’habitude devenant une seconde nature, la ville de Bouaké s’est « détériorée » au fur et à mesure.
Il n’y avait plus de « règle juste » la loi du plus fort a régné pendant près d’une décennie sous le parrainage des chefs rebelles et autres Comzones qui faisaient la pluie et le beau temps.
Incivisme et désordre à Bouaké, voilà pourquoi…
mutinerie-bouake
Les enfants qui avaient l’âge de 10 ans en 2002 ont aujourd’hui 26 ans et ceux qui avaient 18 ans à cette période en ont aujourd’hui 34 ans. En voyant ces âges ont comprend mieux le malaise que vit la ville de Bouaké surtout pourquoi il y’a de multiples troubles.
Imaginez-vous que les plus petits (qui avaient 10 ans au début de l’insurrection armée) ont grandi avec la rébellion donc avec un esprit de se rebeller à chaque situation sans forcément tenir compte de la raison. L’autre tranche d’âge est celle qui a été plus active pendant cette période, en étant utilisée comme combattant. Comme partout ailleurs, dans les autres villes où ont siégé la rébellion de Guillaume Soro, ses deux composantes de ces tranches d’âge ont intégré en masse l’armée ou les corps paramilitaires, constituant le plus grand effectif  actuel de l’armée Ivoirienne, des douanes, des eaux et forêts et des gardes pénitencières. Et la plus grande partie de cet effectif reste basée à Bouaké, en service au camp génie, au 3e bataillon, à la prison civile, au camp pénal de Bouaké, au GSPM et dans les services de douanes de la ville.
A Bouaké le ton monte très vite et les altercations sont légion. Les manifestations de protestation sont toujours violentes et se terminent la plus part du temps par des casses et pillages.
Une prime de guerre promise officieusement et qui devient une arrête dans la gorge de tous
À côté de ce contingent inséré, un autre groupe de ces tranches d’âges cité a été démobilisé après la crise postélectorale. Ils se sentent trahie quelque part par le régime en place et ne cache pas leur colère.
Les mutineries de janvier et de mai 2017 sont venus soulever un autre problème, celui d’une prime de guerre promise officieusement pendant la lutte armée pour conquérir le pouvoir et qui finalement est devenu une arête dans la gorge de tous. Les 8400 combattants intégrés dans l’armée et à qui ont avait promis une prime de victoire ont été payer mais reste ceux qui ont combattu et qui n’ont pas été retenu alors qu’ils ont reçu la même promesse quand ils étaient dans les rangs. Pour eux il faut payer tous les combattants ayant installé le nouveau régime.
Selon un officier en poste au 3e bataillon de Bouaké,  » les démobilisés se sentent trahis et mal récompensés car pour eux ils devraient avoir la même prime que ceux qui sont encore en poste et qui ont manifesté jusqu’à avoir gain de cause. Ils disent que cette promesse a été faite au moment où ils étaient tous engagés pour défendre le pouvoir de Ouattara, donc s’il y’a partage du gâteau cela devrait profiter à tous les combattants. »
Les démobilisés restent une autre plaie qu’il faut guérir car ils ruminent et à chaque moment menacent de se faire entendre. Le hic c’est qu’il garde encore quelques habitudes de la période trouble. Certains ont encore des armes cachées et de solides liens avec leurs anciens camarades de troupes aujourd’hui insérés dans l’armée. Ceux-ci restent passifs quand il s’agit de les empêcher de manifester.
À Bouaké les lois sont bafouées et ceux censés les faire appliquer jouent la prudence pour éviter les représailles de la part des mis en cause. Selon une enquête de la préfecture de police de Bouaké, un engin sur 10 a des pièces au complet et la plupart roule sans le permis de conduire.  Le travail de la police est toujours contrarié par des interventions de gourous auprès des commissaires pour faire libérer tel ou tel qui aurait commis un délit.
A Bouaké chacun est le protégé d’un tel qui est toujours prêt à lancer un coup de fil pour garder sa liberté.
Un officier nous confiait lors de notre enquête que si tu ne veux pas avoir de problème ou être taxé de pro Gbagbo, il faut éviter d’aller au bout des procédures surtout quand il y’a des interventions de la hiérarchie.
©CotedivoireNews
Par Fulbert KOFFI Evan’s
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