Transports Urbain: Abidjan, Une heure dans un Gbaka »

un gbaka

Abidjan Ont les appelle, Gbaka. Ce sont ces mini-bus souvent vétuste qui desservent les quartiers de Yopougon, Abobo, Adjamé et les provinces toutes proches de Bingervilles, Anyama et Dabou.

Dans le mini-car communément appelé gkaka,en partance pour Abobo, j’avais pour voisin une jeune fille et un vieil homme. La demoiselle, d’un teint artificiel très clair ,transforma le véhicule en un studio d’enregistrement. Telle une griotte, elle ne se gêna point de chanter bruyamment dans ce tas de fer qui emmagasinait une chaleur assez suffocante.

Certes, elle avait une magnifique voix de star mandingue, mais l’endroit était inapproprié pour y faire un concert. Je ne pouvais, je ne voulais point me plaindre au risque de recevoir des injures gratuites. Josiane, si tu es trop fâchée, descend et emprunte un taxi compteur, me dis-je…Le vieil homme, quant à lui, me paraissait être septuagénaire. La barbe en conflit avec le rasoir depuis plusieurs décennies, vêtu d’une tunique marron, qui semblait être à l’origine de couleur blanche, il tenait en main un long chapelet avec lequel il méditait des phrases en arabe. Il vagabondait son regard sur tous les passagers, essayant de taquiner quelques uns. Il s’indigna face à notre griotte qui avait le nez percé. L’islam l’interdit, ne sais tu pas? Lui dit-il. Il s’efforça d’engager une conversation avec moi.

Je lui jetai un regard et sourire narquois. Je n’étais pas d’humeur à plaisanter. Ma pensée était dirigée sur ma cousine B. Il nous avait été rapporté tôt le matin qu’elle était mal en point. J’avais pour envie que le chauffeur nous y conduise afin que je la voie. Je priais également pour ne pas être dans le champ de vision de ces microbes, que dis-je? De ces enfants en conflit avec loi qui selon certaines langues ont pour siège cette commune située au nord d’Abidjan.

Pres qu’une trentaine de minutes d’attente, toutes les places du véhicules sont occupées.Moussa, notre conducteur se décida à quitter la gare. Il n’y avait pas d’embouteillage en ce jour fatidique qui marque le début du week-end. Il roulait à tombeau ouvert faisant fi des passagers. Tout ce qui l’intéressait c’était d’atteindre sa recette journalière et ce à n’importe quel prix. Le quart du chemin était parcouru. L’apprenti, un gamin d’à peine quatorze ans, svelte avec des traits fins qui dévoilaient ses origines peules, se mit à encaisser les frais de transport . « Deux, devant transport, monsieur à coté, derrière, transport avec la monnaie. Je n’ai pas monnaie hein » hurlait-il. Tout le monde s’exécuta à payer son dû hormis le vieil homme qui refusa farouchement de le faire . Ma sœur me siffla à l’oreille : <<regarde, le vieux ne paiera pas >> . Je m’indigna face à ses propos. Ne dis pas des choses pareilles, il craint juste de payer maintenant et qu’il ne soit conduit à sa destination.

Les chauffeurs de » gbaka » ont cette fâcheuse habitude, de changer d’itinéraire après avoir encaissé leur argent. À la gendarmerie d’Abobo plusieurs passagers descendirent pour céder la place à de nouveaux. Le vieil homme changea de place pour une autre plus confortable. L’apprenti se remit à encaisser le transport des nouveaux passagers. Il n’oublia pas le vieil homme à qui il réclama son dû. Le vieillard, sur un ton colérique soutenait mordicus qu’il s’était déjà acquitté de sa dette. Chose fausse, vu que les autres passagers affirmaient qu’il avait refusé de payer. une dispute éclata entre le gamin et le vieil homme. Certaines femmes suggérèrent au jeune homme de ne plus en parler au risque de manquer du respect au vieillard qui pourrait certainement avoir l’âge de son Grand -père. Le jeunot s’exécuta.

C’est ainsi dans la tradition africaine, le moins âgé ne peut jamais avoir raison devant son aîné. Le barbon avait encore plus de chance d’avoir affaire à un tel apprenti. C’était un stagiaire, ma foi, recruté sans avoir véritablement les compétences requises pour de telles charges. Il n’avait point l’injure facile, il n’était pas violent, il n’avait encore pas goûter au fameux café noir qui trouble l’esprit et rougit les yeux. Les yeux d’un blanc immaculé,il était trop sage, trop respectueux pour être un » apprenti -gbaka ». Tanti ! Tanti! On est arrivé au dépôt, me dit-il. Je m’empressai de descendre, encore troublée par l’attitude du vieil homme. Une phrase me vint à l’esprit : » Abidjan devient risqué ».

Côte d’ivoire News

Une contribution de Josiane Anan Bony

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